Elle fait partie de notre quotidien, et depuis l’arrivée des smartphones, chaque humain la pratique; la photographie n’a pourtant pas encore 200 ans.

La Camera Obscura

Au cœur de la photographie se trouve les principes optiques de réduction du réel sur une surface plane. Connue depuis l’antiquité, la Camera Obscura est un dispositif optique. Très utilisée à la renaissance pour résoudre les problèmes de perspective, la Camera Obscura est simple : on laisse entrer la lumière par un trou minuscule dans un lieu totalement hermétique à la lumière et une image inversée de la scène extérieure se crée sur la paroi opposée à l’orifice.

A la fin du XVIIIe siècle ce principe optique est utilisée pour des productions de masse. Vers 1760, le français Etienne de Silhouette (1709-1767), contrôleur des finances à Paris, utilise la Camera Obscura pour réaliser le profil de ses clients.

Silhouette

En 1786, Gilles-Louis Chrétien (1754-1811) invente le « Physionotrace ». Cet appareil lui permet de graver sur du cuivre les silhouettes des héros de la révolution française. William Hyde Wollaston (1766-1826) puis Charles Chevalier (1804-1859) améliorent ce procédé.

Physionotrace

Mais il ne s’agit que d’évolutions optiques. La photographie est aussi affaire de chimie.

Le sel et l’argent

L’action de la lumière sur certaines surfaces est connue depuis l’antiquité. Plusieurs siècles avant Jésus-Christ, les peintres les utilisent pour fixer rapidement les couleurs. C’est au début du XVIIIe que Johann Heinrich Schultze (1687-1744) démontre que les sels d’argent réagisse à l’action de la lumière. En 1879 Jacques Charles, un scientifique français, parvint à figer, mais de façon temporaire, une silhouette obtenue par le procédé de la Camera Obscura sur du papier imbibé de chlorure d’argent. Thomas Wedgwood (1771-1805) fait des expériences similaires avec le nitrate d’argent et John Herschel (1791-1871) en 1819 décrit les propriétés de l’hyposulfite de sodium qui deviendra le fixateur.

Dès lors, la photographie est née mais elle reste à être perfectionnée. Différents voies s’ouvrent alors en Europe et notamment en France.

Les inventeurs français

Trois personnalités peuvent être associées à la naissance et aux premières évolutions de la photographie.

Joseph Nicéphore Niépce (1765-1833)

Installé dans le centre de la France, à Chalon-sur-Saône, Joseph Nicéphore Niépce s’intéresse aux procédés de reproduction des images; un marché en vogue. En 1824 il explique une de ses découvertes :

La découverte que j’ai faite et que je désigne sous le nom d’héliographie consiste à reproduire spontannément par l’action de la lumière, avec des dégradations de teintes du noir au blanc, les images reçues dans la Camera Obscura.

Joseph Nicéphore Niépce

Pour cela il enduit un plaque de cuivre de bitume de Judée qu’il expose dans une chambre noire. Après « un certain temps », long, il plonge cette plaque dans un dissolvant qui révèle l’image. La première photographie date de 1826 et représente une rue de Chalon-sur-Saône.

Point de vue du gras – 1826/27?

Louis Mande Daguerre (1787-1851)

La découverte de Niepce intéresse, à quelques centaines de kilomètres plus au nord de la France, à Paris, un artiste qui exploite le Diorama. Il s’agit d’un spectacle consistant en des reproductions géantes et en trompe l’oeil éclairées par le haut ou par le bas. Pour réaliser ces reproductions peintes, Louis Mande Daguerre a recours à la Camera Obscura et pense que la découverte de Joseph Nicéphore Niépce peut l’aider dans cette tache fastidieuse. Il lui adresse une lettre en 1826 dans laquelle il propose une association sur une affirmation mensongère; il déclare en effet avoir lui même réalisé des héliographies. Après des années de correspondance, Niepce et Daguerre se rencontrent et signent, en 1828 un partenariat pour une durée de 10 ans. Mais Joseph Nicéphore Niépce meurt en 1833. Dès lors Daguerre s’active pour développer l’invention de son défunt associé. Il ne la modifie quasiment pas et utilise les découvertes de John Herschel pour fixer les images. Louis Mande Daguerre dépose pompeusement son « invention » sous le nom de Daguerréotype. Le 7 janvier 1839, une communication officielle est faite à l’Académie des Sciences de Paris et l’état français octroie une rente confortable à Daguerre, oubliant Isidore, le fils de Joseph Nicéphore Niépce.

Les daguerréotypes sont utilisés pendant une vingtaine d’années pour réaliser des gravures, mais ils souffrent d’un inconvénient majeur, ils sont uniques.

Boulevard du Temple

Hyppolite Bayard (1801-1887)

Modeste employé du Ministère des Finances, Hyppolite Bayard fait progresser la photographie en réalisant le 24 juin 1839 une exposition de photographie sur papier; une première mondiale. En effet, bien avant la communication à l’Académie des Sciences de Paris, il utilise du papier sensibilisé au chlorure d’argent trempé dans l’iodure de potassium. Au delà de l’invention chimique, Hyppolite Bayard est aujourd’hui reconnu comme un artiste à part entière, souvent à la limite du surréalisme dans ces œuvres. Œuvres qui furent totalement mises à l’écart par les critiques de son temps.

Le noyer

Niepce, Daguerre et Bayard ne produisent que des images uniques, c’est à l’anglais William Henry Fox Talbot (1800-1877) que l’on doit un procédé nommé « Calotype », breveté en 1841. Il permet d’obtenir une image, non pas à la prise de vue, mais au développement. Et à partir de cette épreuve, une reproduction à l’infinie est possible.

La photographie est née.

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