Silhouettes surréalistes, maquillages prononcés, visages figés et démarches quasi-militaires; voilà ce qui ressort des photos d’un défilé de mode… si l’on fait abstraction de la créativité et de l’ingéniosité des designers.

Mais comment réaliser ces photos qui s’étalent dans tous les magazines de mode et, aujourd’hui, sur les nombreux sites internet dédiés à cet univers. La production des photos de mode est avant tout une histoire de professionnels bien équipés et bien organisés.

Avant le défilé

Le défilé est programmé à 16h00 dans un prestigieux lieu parisien; le Grand Palais, une ambassade, un hôtel de luxe ou encore un lieu historique… Mais qu’on ne s’y trompe pas, pendant la fashion week, ce 16h00 veut dire 17h00 ou, avec un peu de chance, 16h45. Pas avant. Pourtant, quand on est photographe, pour s’installer il faut arriver une bonne heure avant le début du défilé. A 15h00, il est de bon ton d’être sur place, pour en trouver une de place. Au milieu du ballet des régisseurs, des chargés de com, et des techniciens, les photographes investissent leur podium.

Paquebot surchargé sur les ponts duquel s’entassent caméramen et photographes, le podium photo est le zoo des photographes. Ici, les meilleures places, à hauteur des yeux des mannequins sont réservées par le photographe ou le caméraman de la marque. Autour d’eux on trouve les grosses agences de mode, souvent italiennes. Mais il possible de se glisser entre les monopodes pour trouver un bon angle de prise de vue. Le podium c’est un tétris, on s’emboite comme on peut. On prend sa « box » (id. sa valise type Pelicase 1510) et on s’insère là-dedans. Ça parle anglais, français, italien, ça rigole, ça se plaint mais globalement l’ambiance est assez cool; sauf si on joue des gros bras. On peut toujours s’arranger mais il ne faut pas s’imposer.

Vient le moment de préparer le matériel : un boitier avec une cadence de rafale élevée et un objectif tel qu’un 70-200 ou un 100-400, un monopod, une box et le tour est joué.

La box est sans doute l’accessoire qui peut faire la différence. Pour ma part ma Pelicase 1510, me sert tour à tour de sac de transport, de tabouret ou de support pour le monopod. Avec les vielles boites en aluminium renforcées, c’est l’accessoire le plus représenté sur les podiums.

Une fois le matériel prêt c’est l’attente qui commence. Tout d’abord l’attente de la répétition générale. C’est à dire un défilé à blanc. Les mannequins ne sont pas habillés mais la musique, le rythme, l’ordre et surtout la lumière sont conformes au défilé. Cela permet de régler l’appareil et de vérifier l’angle de vue, les cadres possibles. Tous les boîtiers sont réglés en manuel pour garantir une exposition uniforme des clichés et ne pas (en fonction des vêtements) avoir des photos plus ou moins claires.

Les crépitements des boîtiers sont intenses sur les premiers mannequins et plus discrets sur la fin de la répétition. Une fois la répétition terminée, on change de carte mémoire et les boîtiers sont, à nouveau, fin prêts. Vitesse, balance des blancs, ouverture et sensibilité sont fixées. L’attente peut continuer.

Le défilé commence

16h00… la salle est toujours vide d’invités. Quelques photographes accrédités pour les backstages s’y rendent pour y réaliser quelques clichés. Les autres patientent. Chacun sa méthode : jeux sur smartphone, musique ou discussion sur les appareils, les pieds, le retard des créateurs, le monde de la mode et de la photo en général.

A 16h45 la salle est presque comble. Les photographes commencent à s’impatienter. Les italiens particulièrement. La lumière s’éteint. Le silence fait place à la musique et une première silhouette arrive dans la lumière. Immédiatement le crépitement des boîtiers suit. Les obturateurs s’ouvrent et se ferment sans cesse. Toutes et tous travaillent en mode rafale, vérifiant de temps en temps l’expo pour se rassurer plus que pour la corriger.

Le rythme de passage des mannequins ne permet de toute façons pas de modifier ses réglages. Chacun sa méthode pour shooter, personnellement je repère le point sur le podium où je fais mon plan de plein pied. Je shoote 3 secondes, environ 25 images. Ensuite je fais un plan américain ou un portrait sur 2 secondes, puis il est temps de faire le plein pied du mannequin suivant.

Rien ne vient perturber le bruit des appareils photo pendant les 12, 13 ou 14 minutes que durent le défilé.

Salutations du créateur de mode

Sitôt le défilé terminé le podium est déserté; c’est une hémorragie massive. Chacun remballe précipitamment son matériel et file vers un nouveau défilé ou son bureau pour faire l’éditing des photos et les remettre à sa rédaction.

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