Visa pour l'Image, une photo retirée à Deauville, Sal Veder s'éteint : la semaine où l'image a dû se défendre
« Perpignan ouvre sa 38e édition sous le signe du réel, un festival normand décroche une photo de Gaza pour ne froisser personne, Londres brouille le droit de photographier dans la rue, et l'auteur de « Burst of Joy » s'éteint à 99 ans. Côté matériel, Ricoh prépare un GR IVx en 40 mm et OM System reprend son destin en main. »

Une semaine où la photographie a moins parlé de boîtiers que du droit de regarder. Perpignan a ouvert ses portes, un festival normand a décroché une image qui dérangeait, Londres a expliqué à des demandeurs d'asile qu'on ne photographie pas dans la rue, et l'homme qui avait su résumer en une image le retour d'une guerre s'est éteint. Le matériel a suivi, plus discret.
Visa pour l'Image, 38e édition : le réel comme contre-attaque
Perpignan a ouvert samedi 29 août la 38e édition de Visa pour l'Image, jusqu'au 13 septembre : vingt-sept expositions gratuites, six soirées de projection au Campo Santo, plus de 160 000 euros de prix (le programme détaillé chez Phototrend).
Le palmarès dit assez où se porte le regard du festival. Le Visa d'or humanitaire du CICR revient à Khames Alrefi pour « Civils : les premières victimes », travail mené à Gaza sur la faim, les bombardements et les déplacements. Le Visa d'or Ville de Perpignan Rémi Ochlik va à Philémon Barbier, pour Le Monde et Le Figaro, sur la Syrie d'après Assad. Le Visa d'or de l'information numérique récompense une équipe du New York Times, et le Prix Écologie 360 salue les plongées antarctiques de Laurent Ballesta.
Sur les cimaises : Raymond Depardon, présent pour la première fois au festival ; Gerd Ludwig et trente-trois ans passés autour de Tchernobyl ; Tyler Hicks à Kostiantynivka ; Marion Péhée auprès d'adolescents que la guerre a déplacés ; David Guttenfelder sur les opérations de l'ICE à Minneapolis.
Jean-François Leroy a placé l'édition sous le signe de la vérification, deepfakes en ligne de mire, et retourne l'argument habituel : l'IA a besoin de données fiables, donc de rédactions qui vont voir sur place. Pour l'année du bicentenaire de la photographie, c'est une façon de rappeler que le métier ne consiste pas à produire des images, mais d'abord à en répondre.
Deauville retire une photo de Gaza « pour n'offenser personne »
Au festival Sport Images de Deauville, une photographie du Palestinien Jehad Alshrafi, de l'Associated Press, a été décrochée puis remplacée par une image de cyclistes (les faits rapportés par PetaPixel). Prise le 14 février 2026, elle montrait des footballeurs jouant sur un terrain de fortune, à Gaza, entre les immeubles éventrés. Elle faisait partie d'une sélection de trois cents tirages.
Les organisateurs ont justifié le retrait, intervenu après des demandes extérieures, par une phrase qui restera : « Nous ne voulons pas entrer dans une polémique, ni offenser qui que ce soit. » L'élu local Sylvain Larcher a relevé que l'image dépassait le sport — elle disait la volonté de continuer à jouer, à se retrouver, à vivre, quand tout autour est détruit.
À deux jours d'intervalle, deux festivals français auront donc répondu de façon opposée à la même question. C'est une assez bonne définition du moment que nous traversons : montrer reste un acte, et l'accrochage est déjà une prise de position.
Royaume-Uni : une brochure officielle brouille le droit de photographier
Le Home Office britannique a publié un livret de neuf pages, « Understanding behaviours and expectations in the UK », destiné aux demandeurs d'asile. On y lit qu'au Royaume-Uni « vous ne devez pas prendre de photos ou de vidéos de quelqu'un sans sa permission », y compris dans la rue ou dans un parc, sous peine d'arrestation (le détail de la polémique).
Le National Union of Journalists a dénoncé un texte inexact : photographier des personnes dans l'espace public n'est pas illégal outre-Manche. En amalgamant la photographie ordinaire et les images sexuelles non consenties — celles-là bien réprimées —, la brochure fabrique une confusion dont les photojournalistes paieront le prix : hostilité accrue, contrôles injustifiés, terrain plus difficile.
Le sujet paraît lointain quand on travaille en France. Il ne l'est pas : le droit de photographier dans l'espace public se défend surtout par la connaissance qu'en ont ceux qui l'exercent, et ceux qui les regardent faire.
Sal Veder (1926-2026), l'auteur de « Burst of Joy »
Slava « Sal » Veder est mort le 27 août, à 99 ans. Entré à l'Associated Press en 1961 au bureau de Sacramento, passé ensuite à San Francisco, il avait pris sa retraite en 1993.
Le 17 mars 1973, sur la base aérienne de Travis, en Californie, il photographie le retour du colonel Robert L. Stirm, prisonnier cinq ans au Nord-Vietnam : sa fille Lorrie, bras ouverts, court vers lui, la famille derrière. « Burst of Joy » lui vaut le prix Pulitzer en 1974. Veder expliquait la force de l'image par un détail : Stirm est de dos, donc il n'est personne en particulier — il est tous les autres.
Le reste appartient à la légende du métier : ce jour-là, entouré de dizaines de confrères, il a développé son film dans des toilettes pour dames transformées en laboratoire, pour être le premier sur le fil. Le talent, souvent, c'est aussi cela.
Côté matériel : un GR à 40 mm, et OM System qui se rachète
Ricoh a annoncé le 26 août le développement du GR IVx : même plateforme que le GR IV sorti en septembre 2025, mais une optique inédite de 26,1 mm f/2,8 — soit environ 40 mm en équivalent 24×36 —, huit lentilles en six groupes dont trois asphériques. S'y ajoutent une stabilisation capteur sur cinq axes, contre trois sur le GR IIIx, et la vidéo 4K 30/24p, une première dans la série. Sortie annoncée pour l'hiver 2026, toujours sans tropicalisation.
Chez OM System, l'information n'est pas un boîtier mais un actionnariat : l'équipe dirigeante menée par Shigemi Sugimoto détient désormais 100 % du capital, après avoir racheté en avril 2026 les parts du fonds Japan Industrial Partners, qui pilotait la marque depuis la cession de l'activité imagerie d'Olympus en 2021. Sugimoto promet des décisions plus rapides sur les investissements longs et parle explicitement de « nouveaux capteurs et processeurs ». Le rapport financier publié dans la foulée montre des ventes en plateau : la marge de manœuvre reste étroite. Un nouveau PEN est annoncé pour le 9 septembre.
En vrac : 7Artisans pousse un fisheye autofocus 10 mm f/2,5 en plein format (Sony E, Nikon Z, monture L) et un 18 mm f/2 APS-C de 109 grammes ; Panasonic rafraîchit quatre optiques, dont trois en Micro 4/3 ; Sigma a calé une annonce au 8 septembre, un 85 mm f/1,2 DG Art en tête d'affiche ; Adobe fait entrer dans Photoshop les réglages d'exposition non destructifs de Camera Raw. Et Miller, fabricant australien de trépieds et de têtes fluides, ferme après près de quatre-vingts ans.
Ce que je retiens de la semaine
Deux festivals, deux réponses. Une brochure administrative qui, en neuf pages, fragilise un droit que personne n'avait songé à contester. Un photographe de 99 ans qui laisse une image dont on se souvient encore cinquante-trois ans après. Et, au second plan, des boîtiers et des optiques qui continuent de progresser — c'est très bien, mais ce n'est pas là que la semaine s'est jouée. Le matériel s'achète ; le droit de regarder se défend.
