UN AUTOMNE A MACENTA Exposition photographique - Nicolas Beaumont Jusqu’à 200 personnes travaillent en même temps au CTE. Des rotations régulières, toutes les six à huit semaines, relaient le personnel expatrié. La formation est la clé de l’intégration. Tout d’abord théorique, à Paris ou à Conakry, puis puis pratique, sur site, à Macenta. Il s’agit d’apprendre à évoluer en combinaison, à gérer la chaleur et le stress, pour qu’une fois en situation, tout se déroule selon des protocoles précisément validés, de manière à réduire au maximum le risque de contamination. Lorsqu’un individu présente des symptômes d’Ebola, la Croix-Rouge guinéenne est alertée. Le transport jusqu’au CTE se fait dans une ambulance spécialement prévue à cet effet. Après chaque transfert, le véhicule est décontaminé par pulvérisation d’eau chlorée concentrée à 0,5 %, laquelle tue en quelques instants le virus résiduel. Toutes les opérations où un contact avec le virus est possible se font sous la protection d’équipements individuels, pour toujours associés à l’imagerie de la maladie. A leur arrivée au centre de traitement, les patients s’entretiennent avec une équipe composée d’un médecin, d’un psychologue, et d’un agent de sensibilisation. Il s’agit d’évaluer la probabilité que le cas suspect soit atteint d’Ebola, en l’interrogeant sur ses symptômes, et sur d’éventuels contacts antérieurs avec des malades. Mais l’enjeu est aussi de rassurer les personnes qui arrivent là. Projetées dans un univers inquiétant et inconnu, l’équipe accueillante décrit de manière transparente le fonctionnement du centre. Des filets marquent la séparation entre les zones. Le personnel en PPE évolue toujours en binôme, gage de bio-sécurité, chacun exerce une vigilance sur les gestes de l’autre, ou son équipement. Un masque qui se déplace légèrement sur le visage et laisse un coin de peau à l’air libre : il faut quitter immédiatement la zone à haut risque. Le laboratoire du centre de traitement est géré par l’Institut Pasteur. Chaque jour, il faut analyser les prélèvements suspects qui arrivent de toute la préfecture de Macenta, mais aussi suivre les paramètres physiologiques des malades pris en charge au centre (hématologie, biochimie, etc.). Un bon diagnostic permet d’améliorer l’efficacité du traitement. Le laboratoire est le seul espace climatisé du CTE, un système de froid nécessaire pour garantir le bon fonctionnement des appareils. Le fonctionnement du CTE nécessite une logistique sans faille. La plupart du matériel nécessaire est acheminée depuis Conakry par la route. Mais les poids lourds mettent plusieurs journées pleines à couvrir les près de mille kilomètres qui séparent la capitale de Guinée de Macenta. Les produits nécessitant le maintien de la chaîne de froid, comme certains médicaments, sont donc amenés par les airs. L’hélicoptère a pu se poser dans la cour d’une école, , fermée depuis des mois comme la plupart des écoles à cause de l’épidémie. « Contre Ebola, tes mains sont tes ennemies », titrait ainsi le Monde un de ses articles consacrés l’année passée à l’épidémie. Ces gants très simples, dont on fait en France un usage domestique, permettent d’éviter toute contamination… sauf s’ils sont percés ou entaillés. C’est pourquoi ils sont systématiquement portés en double, une paire par-dessus l’autre ; les lavandières qui les désinfectent par immersion dans le chlore vérifient par ailleurs toujours leur intégrité avant de les mettre à sécher au soleil. L’équipement est constitué d’un tablier, de deux paires de gants, d’une combinaison, d’une cagoule et d’un masque. Ce dernier ressemble à un masque de ski, mais sans ses habituelles aérations, le rendant totalement imperméable au milieu extérieur. Des miroirs aident les personnels à s’habiller. Avant de pénétrer dans la zone à haut risque, un hygiéniste vérifie que l’ensemble des pièces constituant l’équipement est correctement placé, puis inscrit sur la cagoule de chacun son nom et l’heure d’entrée. Très peu de photos ont été prises à l’intérieur de cette zone. Et pour cause : tout le matériel qui y entre doit ensuite être décontaminé, à travers un bain de vingt minutes dans une solution chlorée. Les seuls appareils qui résistent à ce traitement de choc sont les caméras GoPro, conçues pour des prises de vue en milieu extrême. Le photographe est lui-même habillé en PPE, rendant l’exercice de son activité pour le moins délicat. La chaleur sous la combinaison, la tension nerveuse, et l’implication émotionnelle mettent les organismes à rude épreuve. David quitte la zone à haut risque en nage, et s’asperge avec l’une de ces petites poches plastiques remplies d’eau, des berlingots que l’on trouve sur tous les marchés de Guinée, où l’eau est rarement conditionnée en bouteille. Trois fois par jour, à 7h, 14h, puis 20h, se tiennent ces réunions médicales qui rythment l’activité de tous les établissements de soins dans le monde. Ceux qui quittent leur poste transmettent les dossiers des patients à ceux qui prennent la relève. On commente l’évolution des cas, et des divers paramètres suivis qui font l’objet d’indications annotées sur des tableaux Velleda. Comme dans tous les établissements sanitaires, la pharmacie du CTE garantit la disponibilité des médicaments pour la bonne prise en charge des patients. Depuis le début de l’année 2015, la pharmacie délivre, dans le cadre d’une étude clinique, le Favipiravir, un antigrippal qui semble donner des résultats probants pour soigner les malades Ebola, en particulier lorsque l’administration se fait dans la première phase de la maladie : un espoir de traitement qui change la donne. Cette photo illustre parfaitement le principe de séparation des zones en fonction du niveau de risque, c’est-à-dire de la présence potentielle du virus, et l’étanchéité totale des zones à « bas risque » et « haut risque ». Les échanges entre les deux zones se font donc à distance, soit par les airs, comme pour cette bouteille d’eau, soit par le toboggan bleu que l’on distingue à l’arrière-plan. Et toujours en sens unique. A l’exception de quelques matériels simples qui peuvent être décontaminés, comme les masques ou les gants, par immersion dans de l’eau chlorée, puis séchage au soleil pendant quarante-huit heures, tout ce qui est entre dans la zone à haut risque est ensuite brûlé, de manière à éviter tout risque de contamination. Le pouce levé de David, qui tient dans son autre main un thermomètre, vise à faire comprendre à la patiente à ses côtés que sa fièvre retombe, et que sa température est en voie de revenir à la normale : c’est le premier signal de la guérison, qu’il faudra ensuite confirmer par le résultat des analyses. Dr Zoubayé est aussi radieux que la jeune fille qu’il enlace : Fanta sera en effet la première patiente à avoir quitté guérie le CTE de Macenta. Ces gestes d’affection et ces contacts physiques, à l’abri d’un équipement de protection, sont importants, les malades d’Ebola pouvant vivre comme une épreuve douloureuse cet isolement forcé qui les éloigne de la tendresse de leurs proches, durant la période de contagion. Ce document, co-signé par les autorités administratives et médicales, et remis aux patients sortis guéris du CTE, est un précieux sésame pour faciliter la réintégration dans la communauté. En effet, il est la preuve que la personne atteinte d’Ebola est guérie et donc n’est plus contagieuse, les proches n’ont donc plus à craindre son contact. Tohon est originaire de la préfecture de Nzérékoré, une centaine de kilomètres au sud de Macenta. Agée de quarante-sept ans, elle a été l’une des premières patientes guéries au CTE. Tous les patients guéris ont été ainsi photographiés en buste, et leurs portraits accrochés dans le sas d’entrée du CTE, comme pour signifier par l’image aux nouveaux arrivants que le centre n’est pas ce mouroir que la rumeur décrit parfois, mais que l’on peut en sortir en vie. Que contient la benne de ce pick-up ? Des médicaments, des couvertures, du matériel de protection ? Juste avant l’aurore, deux volontaires de la Croix-Rouge achèvent de préparer un chargement, pour que le véhicule puisse prendre la route dès le soleil levé. Les distances sont parfois longues et la qualité des routes médiocres, il faut donc être prévoyant, pour arriver avant la nuit à destination. Des équipes de la Croix-Rouge sillonnent la région de Macenta pour des actions de sensibilisation, dire et redire encore ce qu’est la réalité de la maladie, comment s’en prémunir, les gestes à accomplir, etc. A chaque arrivée dans un nouveau village, c’est toute une petite installation multimédia qu’il faut monter. Les messages sont délivrés à travers des films, des sonorisations et des images d’illustration. Produire de l’électricité permet ensuite de commencer à travailler. C’est souvent le moment fort de ces journées de sensibilisation, lorsque prend la parole, à travers un témoignage filmé, l’un ou l’une des « rescapés » d’Ebola. Les mots prononcés ont le poids de l’expérience vécue, du drame auquel on a réchappé. Ils disent aux villageois rassemblés qu’Ebola n’est pas une fatalité, mais une maladie dont on peut guérir. Le soleil commence à peine à poindre, le photographe est allé se jucher sur le toit d’une maison proche du CTE, et a braqué son objectif sur ces paysages sublimes de Guinée forestière. Si le travail dans le CTE ou dans les communautés absorbent la majeure partie de l’énergie des uns et des autres, poser son regard sur ces forêts permet, de temps en temps de recouvrer un peu de sérénité et de courage pour se remettre dans la lutte contre Ebola.
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